Le Docteur Isabelle Carayon exerce à la polyclinique de Gentilly à Nancy au sein de l’équipe mobile de soins palliatifs. Là, elle partage avec ses patients des moments d’une intensité absolue, des rencontres, des regards. Toutes ces petites choses qui vous font avancer… et relativiser.
Docteur Isabelle Carayon : J’accompagne des patients y compris quand leur guérison n’est plus au programme. Plus que soigner, mon travail est de prendre soin, car en fin de vie, la souffrance n’est pas que physique, elle peut être aussi spirituelle, psychologique, et sociale. Alors bien sûr, nous soulageons les symptômes pénibles, nous prenons en charge la douleur, mais nous essayons de faire beaucoup plus que cela… Pour définir les soins palliatifs nous utilisons souvent cette formule « tout ce qui reste à faire pour la personne malade, même quand il n’y a plus rien à faire contre la maladie ». C’est important de comprendre qu’il existe une place pour le soin entre acharnement et abandon thérapeutique, entre euthanasie et abandon.
Dr I. C : Elles sont naturelles. C’est un travail qui doit se faire à plusieurs… Généralement je suis directement sollicitée par mes confrères. Je crois qu’ils sont contents de pouvoir se reposer sur moi. Vous savez, ce n’est pas simple de se tenir face à une personne que l’on ne peut plus guérir. Une prise en charge conjointe signifie qu’il faut accepter l’avis d’un tiers, ce qui oblige à prendre du recul, à « lever le nez du guidon ». A ce stade, la médecine ne pouvant plus combattre la maladie en espérant une victoire, elle doit se mettre au service de la personne malade. Les visées du soin changent et ce n’est pas toujours facile pour le médecin de changer de cap… Ni pour le malade d’ailleurs. Je soutiens les équipes, je donne du temps différemment mais je ne suis pas Sainte Isabelle. Avant tout je fais mon métier !
Dr I. C : C’est un accompagnement humain avant tout. La mort peut arriver de manière brutale, mais parfois, elle peut être beaucoup plus longue, et douloureuse. C’est mon rôle de faire comprendre à ces personnes le sens de l’inévitable, de les aider à continuer et de palier au maximum leurs souffrances. Ce qui peut paraître totalement injuste lorsqu’il s’agit, par exemple, d’enfants ou de patients très jeunes. C’est pourquoi l’aspect psychologique est essentiel, il faut avant tout considérer leurs demandes, leurs besoins, et les aider dans leur souffrance physique et morale.
Dr I. C. : Au cours des dernières années, il y a eu des progrès, mais ils ne sont pas suffisants. Par exemple, quand une personne tombe malade, son conjoint a dorénavant la possibilité de cesser son activité pour l’assister à domicile tout en ayant la garantie du maintien de son emploi. C’est le congé de solidarité familial. C’est à mon sens insuffisant, puisqu’à ce jour ce congé est non rémunéré.
Dr I.C. : Je partage des moments d’une intensité incroyable. On donne du temps aux patients, aux familles, mais c’est un véritable échange. Il faut accepter l’irréversible, c’est un travail sur l’humilité qu’il faut faire. La mort fait partie de la vie, ce n’est pas une maladie curable, il faut l’admettre. Et puis, savoir que l’on ne guérira pas n’interdit pas les projets, les moments de bonheur. Le seul expert est le malade, et c’est à nous de comprendre la demande du patient, même si souvent nous n’avons pas de réponse…

Isabelle Carayon
« On donne du temps aux gens, et ils nous le rendent au centuple »

« Je partage des moments d’une intensité incroyable. On donne du temps aux patients, aux familles, mais c’est un véritable échange »